Samedi 18 juin 2011
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On a beau être un philosophe et avoir une chevelure de jais ondulée qui vous donne l’air vaguement romantique, on n’en est pas moins homme, sensible aux vanités de ce monde - l’argent, la gloire,
les Jaguar, etc. Ce pourrait être l’une des leçons de l’affaire Luc Ferry révélée par le Canard enchaîné. Prof à l’université Paris-VII depuis 1996, il a réussi à ne jamais y enseigner,
profitant de dispenses légales et répétitives, jusqu’à cette année 2010-2011 où il s’en est dispensé tout seul. Sa situation est en train d’être régularisée : Matignon, qui l’a nommé à la tête du
Conseil d’analyse de la société (CAS) et lui demande à ce titre des rapports de temps en temps, s’apprête à signer avec Paris-VII un accord de «détachement» (de Luc Ferry). A ce titre, Matignon
va rembourser à l’université les salaires versés depuis octobre à raison de 4 499 euros net mensuels. Mais le monde universitaire s’inquiète de l’impact de l’affaire sur l’image des profs de fac,
qui seraient payés sur les deniers publics même quand ils ne font rien.
Ironie du sort, au départ, il y a la LRU, la loi de 2008 sur l’autonomie des universités qui avait provoqué une vague de protestation. Les facs - et non plus l’Etat - gèrent désormais elles-mêmes
leurs salaires. C’est ainsi que le 1er octobre 2010, le président de Paris-VII, Vincent Berger, découvre que Luc Ferry n’est plus en règle. Sa «mise à disposition» - sorte de prêt (de
Luc Ferry…) que l’université faisait au Conseil d’analyse de la société dépendant de Matignon - est arrivée à échéance. Accordée par le ministre de l’Education, elle était valable cinq ans à
partir de sa nomination en septembre 2004, et renouvelable un an. Luc Ferry doit donc faire ses 192 heures d’enseignement annuelles, plus de la recherche. Ou partir. Mais il trouve qu’il a déjà
beaucoup de travail avec son Conseil où il touche en plus 1 800 euros mensuels, et qu’il mérite largement une dispense. Il la prend donc. Le philosophe et le président de Paris-VII doivent se
voir dans les prochains jours pour parler de l’an prochain…
Contrairement à ce que dit Ferry, ces détachements sont très rares. Selon le Snesup, principal syndicat du supérieur, ils sont 960 (plus de 800 selon le ministère), soit 1,5 % du total des
enseignants-chercheurs. La moitié sont des congés, les autres des détachements dans des institutions comme le CNRS ou dans des ministères où l’on travaille à temps complet. Depuis 2004, Luc Ferry
a, lui, écrit 15 livres dont pas mal de best-sellers comme l’an dernier la Révolution de l’amour. Dans le même temps, son Conseil, qui compte 32 personnes, a produit un rapport par an -
sauf 2 en 2010 - et 12 notes, dont une cosignée par Luc Ferry. On aimerait entendre le philosophe, qui fut un chercheur respecté avant de fréquenter les salons, disserter sur l’éthique et sur la
morale.